samedi 16 décembre 2017

Dr Bruno Stanek : « SpaceX a frappé une concurrence totalement non préparée, surtout l'industrie spatiale en Russie, en Chine et en Europe. »

Le pas de tir 39A (au fond) attend la prochaine mission : SpaceX Heavy ! - Photo : rke
[Cape Canaveral, Florida, December 16, 2017, rke English below– Avec un brin de nostalgie, je me souviens des décollages des fusées Saturne où, étant tout gosse, je suivais les vols Apollo à la TV. À l’époque, fin des années 60 et début des années 70, deux présentateurs vedettes ont animé les émissions sur ce sujet, le plus souvent en direct. Il y avait tout d’abord de feu Georges Kleimann pour la Suisse romande (ex TSR) puis aussi et surtout le Dr Bruno Stanek pour la Suisse alémanique (SRF). Bien que, en son temps, je n’avais pas une grande envie de me brancher sur la langue de Goethe, j’ai toujours eu une grande admiration pour ce dernier qui apportait - et apporte encore via le web - une plus-value scientifique à ses propos. À l’occasion de ma présence ici à Cap Canaveral, je lui ai demandé pourquoi il pensait que SpaceX est meilleur que toute autre entreprise spatiale d’aujourd’hui. De Suisse, il me répond à travers ce blog, ce qui, en quelque sorte, m’honore.
Décollage de SpaceX-Dragon CRS 13 le
15 décembre 2017, 10h36 (locale).
Photo prise pardon collègue sur place,
Julian Leek.

Dr Bruno Stanek : « SpaceX a réussi à atteindre le sommet de tous les développeurs de fusées en moins d'une décennie, tandis que les anciens dirigeants, malgré tout le soutien du gouvernement, semblent n'avoir fait aucun progrès technologique au cours de la même décennie. SpaceX a démontré sa capacité à franchir les premières étapes coûteuses et a offert la perspective de lancer des fusées à coût abordable sur une base régulière. Leur technologie, qui démontre qu’un moteur de Methane-LOX sous-congelé peut atteindre l'orbite terrestre en une seule étape, devient possible. Cela rend les percées encore plus faciles: les deuxièmes étages – construits comme des orbiteurs, rendant les carénages de charge utile obsolètes – peuvent être ravitaillés en orbite terrestre et peuvent voler vers la Lune ou vers Mars avec juste plus ou moins de carburant. Choisir du méthane plutôt que du kérosène, c'est produire du CH4 à partir de CO2 et de H2O sur Mars pour le vol de retour. Construire leur propre complexe de lancement à Boca Chica (Sud du Texas) les rend indépendants des installations gouvernementales et militaires – alors que la plupart e ceux-ci lancent des fusées super lourdes. De quoi avez-vous besoin de plus ? Et ils ont d'autres idées exclusives qui ne sont pas faciles à copier. SpaceX a frappé la concurrence totalement non préparée, surtout l'industrie de la fusée en Russie, en Chine et en Europe. »

www.stanek.ch

Dr. Bruno Stanek : « SpaceX hit the competition totally unprepared, above all the rocket industry in Russia, China and Europe. »
Dr. Bruno Stanek during one of his Space-trip in Cape Canaveral.
Photo taken from the SpaceX Control Center of Port Canaveral.
[Cape Canaveral, Florida, December 16, 2017, rke ] – With a touch of nostalgia, I remember lift-off Saturn rockets where, being a kid, I watched Apollo flights on TV. At the time, in the late '60s and early' 70s, two featured presenters hosted shows on the subject, mostly live. First of all there was Georges Kleimann (died in 2010) for French-speaking Switzerland (formerly TSR) and then and above all Dr. Bruno Stanek for German-speaking Switzerland (SRF). Although, in its time, I did not really want to learn German, I always had great admiration for Bruno Stanek  who brought - and still brings via the web - a scientific added value. On the occasion of my presence here in Cape Canaveral, I asked him why he thought SpaceX is better than any other space company today. From Switzerland, he answers me through this blog, which, in a way, honors me.
Dr. Bruno Stanek near the "first stage
landed" at SpaceX headquarters in
Hawthorne (CA) on Crenshaw Blvd. 

Le Dr Bruno Stanek (de dos) avec Georges Kleimann (décédé en 2010) dans la salle de contrôle d'alors des vols Apollo.
Dr. Bruno Stanek : « SpaceX has succeded to rise to the top of all rocket developers within less than a decade, while the ancient leaders, despite all government support, seem to have made no technological progress within the same decade. SpaceX has demonstrated the ability to land the expensive first stages and offered the prospect to launch for a fraction of the cost on a regular basis. Their technology of a sub-frozen Methane-LOX-engine is progressed to the point, where reaching Earth orbit on a single stage becomes feasible. This makes further breakthroughs much easier: second stages are built like orbiters, make payload fairings obsolete, can be refueled in Earth orbit and can fly to either the Moon or Mars with just more or less fuel. Choosing Methane instead of Kerosene let's them produce CH4 from  CO2 and H2O on Mars for the return flight. Building their own launch complex in Boca Chica (South Texas) makes them independent from government and military facilities - and most limits launching super-heavy rockets. What do you need more? And they have additional proprietary ideas that are not easy to copy. SpaceX hit the competition totally unprepared, above all the rocket industry in Russia, China and Europe. »
Georges Kleimann (à gauche) et le Dr Bruno Stanek.

SpaceX-Falcon 9 : le 1er étage tombe du ciel comme une grosse flèche qui fait mouche !

Riding a column of brilliant flame from nine Merlin 1D main engines, the Falcon 9 rocket climbed away from Cape Canaveral’s Complex 40 launch pad at 10:36:09 a.m. EST (1536:09 GMT) Friday, turning northeast over the Atlantic Ocean to align with the space station’s orbital track. -Photo : rke
Le décollage. - Photo : rke
Rétro-fusées. Le premier signe du retour.
Photo : rke
[Cape Canaveral, Florida, December 15, 2017, rke English below ] – « En cas d’accident, évacuez immédiatement du côté ouest du building. » Alors que nous sommes perchés à 160 m de hauteur sur le fameux VAB, sur le toit, les ordres n’ont pas changé. En cas de pépin, donc d’explosion comme ce fut le cas le 1er septembre 2016 avec la fusée Falcon 9 (qui avait d’ailleurs détruit un satellite Facebook), il faut tout laisser tomber et se barrer a toute vitesse. Cela dit, une fois sur le toit, le vaste panorama qui s’offre à nos yeux donne un sentiment qu’il ne peut rien arriver. Nous sommes comme des aigles à l’affût des tours de lancement qu’on distingue nettement au loin (nous sommes quand même à 5 km à vol d’oiseau). Et de cette hauteur, on distingue mieux l’allumage des moteurs.
Les choses ont bien changé. Autrefois, après chaque décollage, on pliait bagage au plus vite pour redescendre du toit. Maintenant notre attention se focalise davantage sur le retour du 1er étage de la fusée. On doit scruter toute l’étendue du ciel, la tête bien inclinée pour l’apercevoir. Et c’est seulement lorsque ses moteurs sont allumés générant comme une grosse étincelle, qu’on le distingue enfin. L’étage devient de plus en plus visible. On remarque au loin la trajectoire légèrement recourbée que le mène à son point de chute. Une chute d’ailleurs parfaitement maîtrisée et, contrairement à un hélicoptère qui se pose comme un papillon, la descente d’un étage de fusée est telle une grosse flèche qui fait mouche !
I'm Roland J. Keller on the VAB roof. 

Reporters ont the VAB roof. - Photo : rke
Rappel
C'était mon 5e lancement sur le toit du VAB. Pour rappel voici mes 2 aventures d'autrefois :
1. Je suis resté bloqué dans les toilettes du VAB de la NASA ( 5 décembre 2014) - Cliquez ici
2. Brrr… à +15 degrés C., c’est plutôt froid pour voir décoller la fusée sur le toit du VAB ! ( 2 mars 2013) - Cliquez ici


Photo : rke
SpaceX-Falcon 9: the 1st stage falls from the sky like a big arrow that reached its target!
Descent of the 1st stage of Falcon 9.
- Photo : rke
Zigzags in the sky. -Photo : rke
[Cape Canaveral, Florida, December 15, 2017, rke ] – "If an accident occurs, for your safety, evacuate immediately to the west side of the building. " While we are installed at 525 feet on the famous VAB (on the roof), the orders have not changed. In case of problems, so an explosion as was the case on September 1, 2016, with the rocket Falcon 9 (which had destroyed a Facebook satellite), you must drop everything and to leave at full speed. That said, as soon as we are on the roof, the vast panorama that presents itself to our eyes gives a feeling that nothing can happen. We are like eagles on the lookout for launch towers that can be clearly seen in the distance (we are still 5 km as the crow flies). And from this height, we see better ignition engines.
Things have changed a lot. In the past, after each take-off, luggage was packed as fast as possible to get off the roof. Now our attention is focused more on the return of the 1st stage of the rocket. We must scrutinize the whole expanse of the sky, our head well inclined to see it. And it is only when its engines are lighted generating like a big spark that one finally see it. The 1st stage becomes more and more visible. In the distance we can see the slightly curved path that leads to its point of fall. A fall perfectly controlled and, unlike a helicopter that lands like a butterfly, the descent of a rocket stage operates like a big arrow that reached its target.
Descent of the 1st stage of Falcon 9.
- Photo : rke